mercredi 9 avril 2008

Georges Rousse

Un peu happé par différents projets, il m’est difficile en ce moment de donner beaucoup de temps à l’écriture.
Je me contente donc aujourd’hui d’une recommandation culturelle…
Courrez voir l’exposition Georges Rousse à la Maison Européenne de la Photographie.
Un travail indescriptible, mais vraiment magique, et très beau.
Bonne visite.
La MEP, c’est 5 rue de Fourcy, dans le 4ème à Paris.
http://www.mep-fr.org/default_test_ok.htm

Le site de Georges Rousse:
http://www.georgesrousse.com/


vendredi 28 mars 2008

110$

En attendant la dernière goutte.

Ce n’est pas un grand secret, l’augmentation de plus en plus rapide du prix du pétrole s’apprête à bouleverser le monde. Il n’est pas facile de savoir qui brandit les bons chiffres en matière d’épuisement du sous-sol pétrolier, mais j’espère de toutes mes fibres avoir la chance d’assister à cette révolution.

La mondialisation tient à un fil : Il est aujourd’hui moins cher de produire un stylo en Chine, et de l’acheminer à Paris que de le fabriquer à Montreuil pour le vendre dans le 20ème.
Mais chaque jour, le prix du pétrole impacte d’avantage le prix du produit qui doit traverser la planète, jusqu’au jour où la balance basculera tout naturellement de l’autre coté, et rendra plus économique la production locale. Le marché voyant toujours très bien son intérêt, tout porte à penser que nous allons assister à une re-localisation massive de la production: Il va falloir produire ce que le pétrole ne pourra plus nous amener. En particulier la production agricole, (moins de bananes, plus de pommes…).
Ce bouleversement porte une chance double: relancer la variété et le marché de l'emploi, et limiter les gaspillages (on maîtrise mieux la production quand elle est liée à une échelle de consommation.)

Les nouveaux matériaux végétaux vont remplacer certains plastiques (c’est déjà le cas avec les sachets de salade fabriqués à base d’amidon de maïs, ou avec la viscose, qui contrairement au polyester, est une fibre extraite du bois).
La forme des villes va elle aussi nécessairement devoir être reconsidérée : limiter l’étalement urbain, privilégier les trajets verticaux (essentiellement électriques, l’électricité étant assurée durablement par le nucléaire) faisant des tours la vraie démarche écologique !
La France a la chance d’être au premier rang des concepteurs de trains à grande vitesse (essentiellement électriques également) qui vont redéfinir les distances selon des trajets précis, et non un rayonnement homogène (cf. ci dessous, la carte de France redessinée selon les temps de trajet en train)
Et surtout, aucun combustible ne rivalisant aujourd’hui en quantité et en efficacité avec le pétrole, je fais confiance aux chercheurs pour redoubler de créativité, et multiplier les sources d'énergie.

En attendant, dans la plus grande impatience, j'essaye de consommer le plus d'essence possible, pour accélérer tout ça.


lundi 17 mars 2008

Pour en finir avec le pouvoir d'achat.

L’emploi, la défense, la ville, l’éducation, la culture, la recherche, la santé…
Plus un mot. Le POUVOIR D’ACHAT a envahi toutes les bouches, terrassé toutes les questions de société.
Un succès aussi fulgurant mérite d’être un peu interrogé.

C’est tout d’abord une opportunité en or pour l’opposition car je pense qu’il s’agit d’un problème sans solution (mais qui permet de polariser l’attention un moment). Je m’explique :
Et si le vrai problème n’était pas dans le pouvoir, mais dans le besoin d’achat ?

To make a long story short, avec le plan Marshall, gigantesque cadeau dans une économie de la rareté, la France a entamé le basculement d’une société de production à une société de consommation. Basculement appuyé par la mondialisation et le progrès technologique, la production étant désormais très bien assurée par les chinois et les machines (cf. balance commerciale 2007).
Depuis 60 ans, le marché a besoin de CONSOMMATEURS. Le travail des femmes, multipliant le budget du foyer par deux, et offrant à celles-ci l’indépendance financière (donc une plus grande liberté de consommation) avait alors permis de créer une première impulsion. Aujourd’hui, tout le monde travaille, tout le monde consomme, mais la machine tourne encore plus vite, les pays émergeants produisent chaque jour d’avantage, et le marché doit trouver de nouveaux ressorts. Le plus évident étant de persuader les hommes et les femmes qu’ils ont besoin de consommer. Fabriquer une « pulsion d’achat ».
La lecture d’un magazine féminin ou une heure devant la télévision montrent à quel point tout est support de consommation : La décoration intérieure, les vêtements, la nourriture, la nourriture light (pour pouvoir manger encore plus), la séduction, l’âge (le petit et le grand), la communication, la technologie, la culture, le bien-être, la sexualité, … M6 refait votre maison à neuf si vous jetez vos meubles, si vieillots, si ringards, si moches !
Je suis de plus en plus frappé de voir la quantité de vide greniers de quartier, même en province, ou tout le monde (toutes catégories socio-économiques confondues) vend des objets qui ont sûrement été remplacés par d’autres, d’une autre couleur…
Il faut réaliser qu’il y a 50 ans, les couverts, meubles, passaient de générations en générations. La question du pouvoir d’achat ne se posait par conséquent pas du tout en ces termes. Aujourd’hui, les rythmes de consommation se sont accélérés (les cycles de la mode, et de la « tendance » se sont élargis à tous les secteurs de consommation) et les besoins se sont multipliés : (téléphonie, consoles de jeux, baladeurs). Les biens de confort se sont substitués aux biens de subsistance, et la vie est rythmée par l’achat via une stimulation omniprésente (idées cadeaux, idées shopping, idées déco, idées voyages, idées sorties, idées…)
Cette accumulation des besoins est tellement intégrée dans nos pratiques que si l’on ne peut pas satisfaire cette injonction permanente à la consommation, on estime que c’est notre bonheur qui est en jeu.
Le journal télévisé présentait il y a quelques jours une famille « victime de la vie chère ». Le père explique qu’il doit faire des économies pour s’en sortir, et qu’il a décidé d’aller à la gare RER en vélo pour consommer moins d’essence. On aperçoit, dans la pièce dans laquelle il est interviewé, ses deux enfants jouant sur leur console, devant un grand écran plasma.
Un peu sans voix devant une telle confusion des priorités, je crains que le cours du blé, du lait, et du vote sanction n’aient que peu à voir avec cette détresse et que c’est seulement en réintégrant une logique de consommation (hors de la pulsion), en trouvant une distance avec l’acte d’achat que l’on peut espérer apaiser l’angoisse du pouvoir d’achat.
Une sorte de «Gagner plus en consommant moins »...


samedi 8 mars 2008

Always Coca-Cola.

Ce message m’est imposé par une discussion récente dans les vestiaires de la piscine. Un quarantenaire au ventre blanc me confiait mardi soir sa tristesse de voir le monde s’uniformiser. La discussion avait démarré sur une canette de Coca-cola Light que je m’étais empressé d’ouvrir et de descendre, les cheveux encore mouillés. Sur le coup, j’ai hoché la tête en lui promettant que la semaine prochaine, j’amènerai du Ricard.

Cinq jours, dix sushis, une crêpe, une pizza, et trente canettes plus tard, je n’arrive pas à m’y résoudre, je ne trouve décidément pas que la mondialisation fasse disparaître la variété des cultures.
Et pourtant, mon voisin de douche avait vraiment la trouille.

Il faut vraiment se faire force de regarder le monde sans le prisme trouillard ou nostalgique des annonceurs d’apocalypse pour réaliser que non seulement RIEN ne justifie cette inquiétude, mais que nous assistons à la mutation contraire : Les pays acteurs de la mondialisation, qui vivent au cœur des échanges (avec leur part de tumultes, c’est vrai), connaissent un accès chaque jours plus large aux pratiques culturelles des régions les plus reculées du globe.

Paris offre aujourd’hui la possibilité de découvrir les cuisines du monde entier. Ethiopie, Thaïlande, Russie, Mexique, Maroc, Italie, Grèce, Turquie, Mongolie, Inde, Japon, Argentine….
Les cinémas projettent en France des films importés d’Asie, d’Amérique du Sud, du Moyen-Orient, et j’ai eu l’occasion de voir à Mexico le roi danse, le huitième jour, l’auberge espagnole et la reine Margot.
Une demi-heure à la Fnac ou dans n’importe quelle discothèque suffit pour se procurer des chants Balumbu, ou du luk thung thaïlandais.
Les centres culturels proposent toute l’année des expositions d’art contemporain, de traditions populaires, de design…
L’histoire de l’architecture est nourrie de la très grande qualité de courants régionaux (l’école suisse, néerlandaise, ou portugaise…)

Alors c’est vrai, cette diversité tend à se retrouver de plus en plus aux quatre coins du monde. Mais que l’accès à toutes les cultures se normalise n’implique pas que les hommes se normalisent. La découverte de l’autre est évidement plus une richesse qu’une réduction.
Et il suffit de voyager un peu pour se rendre compte que décidément les belges sont très belges, les italiens très italiens, et les anglais très anglais !


lundi 25 février 2008

le roi des victimes.

Il est assez difficile de se concentrer sur l’actualité tant le brouhaha électoral noie le moindre mot dans les tonnerres d’indignations et de polémiques.
Pourtant, il faut s’arrêter sur ce fameux parrainage d’enfants victimes de la Shoah.
Je n’ai pas envie de revenir sur les arguments politiques et psychologiques (le contexte des municipales, et le poids de la mort pour un enfant de 9 ans) qui me semblent sinon exagérés, très peu convaincants.
La vraie question est celle de la mémoire, et des victimes.
Eric Zemmour confiait ces jours-ci sur itélé son désir de voir passer la société de la Mémoire à l’Histoire. C’est sans doute l’analyse la plus jute que l’on puisse faire aujourd’hui. La mémoire est une usine à victimes. La multiplication des revendications mémorielles a créé une véritable concurrence victimaire, dans laquelle comme dit Finkielkraut, « chacun veut sa Shoah ». Le héros n’est plus le soldat victorieux, mais la victime la plus victime. Et en rajoutant une pierre à la mémoire de la Shoah, on installe le juif encore plus haut sur le trône de « roi des victimes ».
L’effet pervers est double :
- On peut présager sans trop d’imagination d’un renforcement de l’antisémitisme, ne serait-ce que par simple jalousie de voir la souffrance juive plus reconnue que la sienne ( noire, algérienne, protestante, chrétienne, arménienne, vendéenne, etc.), et plus généralement,
- la France devient petit à petit une grande démocratie des victimes, ou tout devient support d’injustice, et de revendications.
Les femmes victimes des hommes, les patients victimes des médecins, les handicapés victimes des qui marchent, les banlieusards victimes de la banlieue, José Bové victime des OGM, les consommateurs victimes de « la vie chère », et les déçus des présidentielles victimes des élections.
Il faut se libérer de cette logique, car elle nous empêche de mobiliser l’énergie collective sur le présent, et sur un projet commun. Il faut accepter qu’à un certain moment, chacun laisse ses souffrances de coté, (et a fortiori celles de ses ancêtres) quitte à ce qu’elles se dissipent lentement dans l’histoire.
Concernant l’école, l’apprentissage de la tolérance ne passe pas nécessairement par la mémoire de l’intolérance. La tolérance et le respect sont des valeurs vivantes, qui peuvent êtres transmises dans l’émerveillement de la différence de l’autre.
Pour avancer ensemble, je crois que nous avons d’avantage besoin de nous dire ce qui nous rapproche que ce qui nous a divisé, opposé, ou fait souffrir. C’est la seule spirale qui ne tire pas vers la mort.


vendredi 22 février 2008

après "les enfoirés"...

A quand Joey Starr et mylène Farmer dans un clip de campagne de François Bayrou?

mercredi 20 février 2008

La guillotine de Marianne 2

La première version, un peu virulente, a volontairement été mise de coté…

Des personnalités ont signé « un appel à la vigilance contre une dérive monarchique du pouvoir ».
L’appel est lancé par Marianne, qui réchauffe la même soupe toutes les semaines : Nicolas Sarkozy est un homme dangereux, tout puissant, qui met en péril la démocratie, qui menace les libertés, la laïcité, etc.
Mais les libertés de qui ? Si Sarkozy avait cette fameuse main de fer autour du cou de la presse, comment se fait-il qu’il soit la cible quotidienne des attaques les plus véhémentes, parfois calomnieuses ? Comment Marianne peut-elle si bruyamment faire son beurre sur l’antisarkosysme depuis un an ?

J’ai du mal à situer la part d’honnêteté ou de naïveté de cette initiative.
Sarkozy occupe beaucoup plus la scène que Chirac, c’est sûr. Mais pour mémoire, Mitterrand disait de Giscard qu’il devait « dormir à la télévision », tant sa présence y était régulière, et lui même a assez vite été baptisé « Dieu » (record difficile à battre, en terme d’omniprésence). Ce n’est que lors du deuxième mandat de celui-ci qu’un conseiller a théorisé « la parole rare », comme mode de communication de l’Elysée. Jacques Chirac ayant récupéré le conseiller inspiré, et la parole fut rare pendant 12 ans encore, désincarnant petit à petit la fonction présidentielle 5ème république.
La pertinence d’un concept ne se mesure pas toujours à son succès, et je crois que l’omniprésidence est la nouvelle baudruche d’une opposition engourdie, qui espère que le bruit de la dérive monarchique étouffera son silence et son manque de critique.
La vraie question est de savoir de quoi peut-on vraiment avoir peur. Toutes les gesticulations, les effets d’annonce, les coups médiatiques, les discours aux émirs, et autres SMS ne pèsent pas grand chose devant la vigueur de la démocratie française, les institutions parlementaires, les vents de l’économie mondiale, et le cadre politico-légal européen ! La marge de manœuvre est si faible que moins de volontarisme reviendrait à transformer la présidence en hôtesse d’accueil du capitalisme mondialisé.

Ce qui me gène, c’est la conformité totale avec laquelle la presse et la radio relayent cet imaginaire « sarkozy dictateur » (ma pratique de la télé se limitant en ce moment à quelques minutes de téléachat, je n’ose tirer de conclusions). Libé, le nouvel obs, Marianne, l’huma, le point l’Express, le monde, le figaro… Bien sûr, la presse n’a pas à passer ses journées à bénir les initiatives de l’Elysée, mais exprimer son désaccord sur telle ou telle proposition, c’est commencer par élaborer un argumentaire qui tienne sur autre chose qu’un procès d’intention (« c’est un calcul politique à cause des municipales »), ou un fantasme (« la monarchie élective»). Sans quoi, ce genre d’entreprise ressemble plus à une tentative de déstabilisation du gouvernement, et bien sûr du président de la république. Le débat politique et l’avenir de la France valent mieux que ça.
















jeudi 14 février 2008

10 minutes with Raymond.

Une interview délicieuse de Raymond Aron.

Pour visionner, appuyer sur espace puis cliquer sur play. (cela évite d'ouvrir une nouvelle fenêtre)

mardi 12 février 2008

Le candidat du monde.

Les Etats-Unis sont sans aucun doute le pays le plus haï de la planète. (sans doute aussi le plus admiré mais haine et fascination cohabitent parfois très bien…)
George W. Bush a merveilleusement cristallisé cette haine depuis 10 ans, en ce qu’il incarne l’imaginaire blanc/arrogant/pétrolier/chrétien/réac/impérialiste/riche/clanique. Pour égayer le tableau, il passe aussi pour un débile léger sachant tout juste compter jusqu’à dix sans les doigts.
En tapant « anti bush » sur google, on obtient plus de 4 millions de pages…(9 millions sur yahoo !...)
La même requête sur youtube permet de visionner des milliers de vidéos, ou GWB apparaît tantôt simplet tantôt nazi. (Attention pour ceux qui vont voir, 90% des vidéos de discours sont des montages. Il suffit souvent pour s’en rendre compte, de remarquer qu’à chaque fois qu’il dit une énormité, le plan est cadré sur le public. C’est très bien fait.)
Je n'ai pas plus de tendresse que d'antipathie pour G.W.Bush, mais j'ai spontanément envie de me méfier devant ce genre d'ostracismes. Quand on dessine des moustaches allemandes à quelqu'un, c'est souvent la fin de la raison...
Barak Obama tombe du coup doublement à pic. Il vient assouvir la soif de rédemption qu’ont les américains blancs de surmonter leur passé ségrégationniste, et c’est l’occasion historique de juguler la haine internationale en élisant un noir. Je ne savais trop comment verbaliser ce que j’entends par là, mais les mots m’ont été donnés par trois femmes qui discutaient à coté de moi dimanche matin à la terrasse d’un café.
« Attends, j’ai vu un reportage ; avec une grand mère Kenyane, ça ne peut être que quelqu’un de bien. Si t’avais vu comme elle était mignonne avec des photos de lui dans sa petite case ! Attends, ça serait vraiment dingue ! (si il était élu)»
L’autre ajoute « et puis ça ferait comme dans 24 heures ! »
J’ai étouffé un gloussement dans mon Coca light, et soigneusement pris note dans mon carnet.
La troisième a ajouté, « ouais, mais c’est un faux noir. » … J’avoue avoir besoin de méditer un peu plus sur cette révélation avant d’en tirer des conclusions, mais j’espère les retrouver dimanche prochain, pour grappiller quelques indices.
Quoi qu’il en soit, une énorme vague de barakophilie recouvre la France depuis 3 mois. Consensus politique inédit : Buffet, Lang, Fabius, Royal, Muselier, Lellouche, Moscovici… Poniatowski ajoute même à son éloge : « Aux Etats-Unis, l’UMP serait démocrate ».
Record de unes de presse (beaucoup plus discrète lors des précédentes primaires Américaines.)
Ils doivent bien rigoler nos amis américains, de regarder le monde faire la campagne d’un de ses candidats.
Même la France, éternelle arrogante à béret, est devenue une grosse pom-pom girl amoureuse.

(j’attends secrètement de recevoir des mails me demandant de me mobiliser car les RG disent qu’il ne serait peut être pas au deuxième tour…)


lundi 11 février 2008

Le continent dépressif

Il « aime plus paris », donc.

On est stressés, on se parle plus, on est arrogants, pour qui on se prend, etc.
Je moquais les déclarations de N. Hulot il y a quelques jours, en lançant en l’air une histoire de slip en cuir. Je n’avais pas vraiment pris le temps de préciser ma pensée, mais l’occasion s’impose aujourd’hui, car j’entends la même détresse derrière le paradis amazonien de Nicolas que dans le désamour de T. Dutronc.
Le « mécontemporain » (trouvaille de Chantal Delsol je crois) est malade, et pleure un paradis lointain (l’amazonie), ou perdu (Avant, en général).
Ici : anonyme, triste, pollué, stressé, égoïste…
Là bas : propre, accueillant, solidaire, chaleureux, authentique, spirituel, etc.
Aujourd’hui : Déshumanisé, individualiste, injuste, anonyme, laid, violent…
Avant : Fraternel, simple, beau, tranquille…
Il ne s’agit évidement pas de dire que les indiens sont des blaireaux parce qu’ils n’ont pas d’i-phone et on ne peut bien sûr que respecter leur présence au monde et la précision de leurs sarbacanes, mais ce qui est terrible, c’est qu’à force de nous persuader que notre société nous aliène et nous fait souffrir, nous finissons par y croire.
Au moyen âge, les épidémies de peste ou de variole décimaient la population. C’est aujourd’hui une épidémie de dépression qui ronge l’occident. Une étude récente affirmait que le suicide est désormais la PREMIERE cause de mortalité chez les 35-44 ans en France. On peut sans doute trouver de nombreuses explications à ce triste record, mais je suis intimement convaincu qu’il a à voir avec une désespérance post-moderne occidentale. Comment désirer l’avenir, si l’on est persuadé que tout va de plus en plus mal ?
J’ai toujours été gêné par le titre cynique d’Huxley, qui utilise "meilleur des mondes" pour signifier le pire des mondes. Cette pirouette me met mal à l’aise car elle porte l’idée que le meilleur est irrémédiablement voué au pire ; et que le désir de ce monde n’est qu’une illusion de gogos, ou pire, un fantasme fasciste hitlero-américain.
Alors qu’espérer ? Un monde souffrant, se préservant soigneusement du risque de devenir meilleur ? attendre impatiemment le « plus mauvais des mondes » ?
J’ai eu la chance de tomber assez tôt sur la « lettre ouverte aux gens heureux » de Louis Pauwels, qui a bouleversé mon adolescence, et que je lis à peu près chaque année pour tenir tête à la sinistrose.
Je lui laisse donc bien entendu les lignes de fin.

« Ne me demandez pas : de quel bonheur parlez vous ? Je parle du bonheur. Tout le monde s’entend la dessus. C’est un mot détesté par nos philosophes, parce qu’il se passe de commentaires.

Il n’est pas difficile d’être malheureux et mécontent. Il suffit de s’en remettre à l’humeur triste et irritée, qui n’attend que ça. Il suffit de bouder le monde, de s’asseoir à l’écart, et d’attendre en râlant le jour J de la distribution des raisons de vivre. Mais le jour J ne se lève jamais. L’homme qui s’est abandonné à la pente de la tristesse et de l’irritation ne voit venir qu’un ennui toujours plus lourd et une haine toujours plus profonde de soi-même, de tout, et de tous. Qu’il nome donc cela le sentiment révolutionnaire, s’il éprouve le besoin de draper son cadavre puant. Sous cette draperie, il croit qu’il bouge. C’est seulement le cadavre qui fermente. Il s’imagine manifester quelque majesté en refusant les offrandes d’un monde qui fonctionne malgré lui. Il manifeste seulement que rien ne pourrait le désennuyer de lui même, sinon le malheur des autres.

Il est difficile d’être heureux. Il faut de l’esprit, de l’énergie, de l’attention, du renoncement et une sorte de politesse qui est bien proche de l’amour. C’est parfois une grâce d’être heureux. Mais ce peut être, sans la grâce, un devoir. Un homme digne de ce nom s’attache au bonheur, comme au mât par sale temps, pour se conserver à lui même et à ceux qu’il aime. C’est un devoir d’être heureux, et c’est une générosité.
Persuader les hommes qu’ils sont malheureux est une action infâme et facile. C’est une tâche sacrée que de répéter à l’homme qu’il est heureux, et qu’il ne s’agit pour lui que de s’en rendre compte.
C’est entendu, il y a des misères et des injustices. Nous devons travailler à les réduire. Mais ce n’est pas en se dégoûtant du bonheur là où il est que nous réparerons le malheur là où il est. »

Louis PAUWELS, Lettre ouverte aux gens heureux, Albin Michel 1971.


lundi 4 février 2008

Droite+gauche=centre-verts

Je viens de répondre à un quizz censé m’aider à déterminer quel candidat représentait le mieux mes idées… dans la course des présidentielles américaines.
Je garderai le résultat secret, mon gagnant n’étant de toutes façons plus en lisse.

Ce qui m’a intéressé, c’est la possibilité, une fois le verdict donné, de « weigh the issues, to change results », donc pondérer les sujets, pour modifier les résultats. Un petit curseur permet de glisser vers le + ou le – pour ajouter ou enlever de l’importance à : « l’expérience, le réchauffement planétaire, la réforme fiscale, le mariage homosexuel, la santé, l’immigration, et la guerre en Iraq. Je me suis bien entendu prêté au jeu, et comme promis, les résultats changent bien si l’on déplace tel ou tel curseur. (Un peu d’habileté peut même permettre de faire remonter son préféré, si nos réponses l’avaient malheureusement déclassé…)

Une question s’impose et son écho est évident dans la vie politique française :
A quoi tient donc la différence entre les programmes, les candidats, les partis, les républicains, les démocrates, la droite, la gauche ? Au petit curseur sur le réchauffement de l’arctique ? A celui de l’union gay ?

C’est bien là le grand trouble, la tache aveugle de l’analyse politique depuis 20 ans. On ressasse que « le clivage droite gauche est dépassé », mais il faut comprendre que c’est la cohérence des dimensions SOCIALES et SOCIETALES du projet politique qui est touchée.
Libéral, conservateur, européiste, régionaliste, identitaire, libertaire, altermondialiste, immigrationniste, écologiste, féministe, démocrate, laïc, sécuritaire, hédoniste…
Chacun réalise son petit cocktail progressiste, au risque d’y perdre la cohérence, produisant des situations déconcertantes, comme quand Olivier Besancenot, défendant l’immigration libre, réalise les rêves de dumping social des patrons français, ou Dominique Voynet, médecin et écologiste, porte la feuille de cannabis en sautoir.
Il ne reste peut-être que deux figures « cohérentes » sur la scène politique française : Alain Madelin et Jean-Marie Le pen.
Madelin qui défend une logique libérale lisse et décomplexée (cohérence un peu déconcertante car l’engagement politique pour la disparition du politique tient un peu du sacerdoce) et Le Pen qui assume la logique de la fermeture en l’appliquant indifféremment aux capitaux, aux marchandises, aux hommes, et qui appelle à une résistance au marché par les valeurs (famille, religion, tradition).
Jean-Pierre Chevènement aurait sans doute pu compléter ce podium s’il n’avait pas un peu vite donné ses billes dans l’angoisse du premier tour.
Le PS et L’UMP sont pris dans des grands écarts plus périlleux mais c’est assurément le véritable enjeu de la redéfinition idéologique du troisième millénaire. Le réalisme politique passe peut-être désormais sinon par l’incohérence, au moins par une tension entre des courants parfois contraires.
La gauche doit trouver comment tenir son héritage marxiste et l’économie de marché, mais la droite si elle veut renouveler son corpus idéologique, doit réussir à articuler libéralisme et protection nationale.
En attendant, ceux qui veulent jouer au curseur, c’est ici :
http://www.usatoday.com/news/politics/election2008/candidate-match-game.htm

P.S : Bonne fête Agathe.


samedi 2 février 2008

RFM

Des raisons diverses m’ont conduit dans les Ardennes françaises vendredi. Une belle météo du nord m’a poussé à profiter de l’occasion pour écrire un peu dans le plus beau café de Charleville-Mézières. Ordinateur / Coca light / voisine en marron.
Impossible de construire une phrase pendant les trois longues minutes du dernier tube de Yannick Noah. Très pénible. Il ne devait pas être parti depuis le mois de mai d’ailleurs ?
Je rallume Word avec Bonnie Tyler, commence un vague texte sur l’Europe.
Pas longtemps. Je découvre la chanson du fils Dutronc, dont j’avais lu les paroles sur un blog ami, « j’aime plus Paris ».
On verra l’Europe plus tard, la chanson engagée dépressive, c’est inspirant.
Je reviens un peu sur le Coca light, pour organiser les idées. Robert Palmer, Yaël Naïm, et Bing ! RE-NOAH ! Tant pis, j’écrirais ce soir.

mardi 29 janvier 2008

300

mea culpa

Je postais il y a quelques semaines, un texte égratignant le rapport Attali au sujet de la supposée « relance de l’immigration ».
Je suis aujourd’hui un peu embarrassé car j’ai l’impression d’avoir couru comme un lapin devant une carotte soigneusement agitée par les agences de presse, pour mettre en porte à faux Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux.
Le texte des 300 propositions de la commission Attali est depuis disponible, dans une version poche, et une version PDF en accès libre ici :

http://www.liberationdelacroissance.fr/files/rapports/rapportCLCF.pdf

Je n’ai pas encore eu le temps de la lire, mais je suis sûr d’une chose, le temps passé par ces gens de larges horizons à élaborer ce « mode d’emploi » mérite plus que mes 25 lignes de leçon sur les conditions de l’intégration (par ailleurs légitimes).
Je tâcherai de revenir dessus dans un prochain post, quand j’aurai plus avancé dans la lecture.

P.S : Happy birthday Oprah.


Politique 2.0

Un bien cher ami me confiait hier dans les douches de la piscine qu’il avait profité de son anniversaire pour s’offrir…
…une carte du parti socialiste.
Aussi incongru que cela puisse paraître, je me suis réjoui de la nouvelle, et je profite de cette page pour lui expliquer ma sincère reconnaissance.

Je suis récemment tombé sur une interview de Jean Lassalle, ce parlementaire du Sud Ouest qui a mené une grève de la faim pour qu’une entreprise japonaise épargne un site industriel.
Son histoire tourne une page de l’histoire politique. Une page d’impuissance.
Les éditorialistes sans idées passent leur temps à s’effrayer du danger Sarkozy, brandissant selon l’humeur les années noires de l’Allemagne, l’obscurantisme religieux, ou les dangers du populisme.
Mais où est le danger du politique aujourd’hui si le politique doit faire souffrir son corps pour retrouver du pouvoir ?
Ou est le danger du politique quand les crises financières balayent le monde, et que les groupes industriels gèrent leur portefeuille salarial au grès des vents du globe ?
Quel est le pouvoir du politique quand une association peut bloquer la construction d’un projet public ? Quand une jurisprudence Européenne désintègre la loi française ?
Il faut comprendre une chose. Le pouvoir politique est aujourd’hui pris dans un triple étau :

1. La logique économique, pouvoir sur lequel nous n’avons à peu près aucune prise.
2. La démocratie participative, au travers de toutes sortes de structures plus ou moins associatives (de quartier, de chasseurs, de cyclistes, etc.) qui produit un pouvoir éclaté, d’intérêts particuliers, fonctionnant sur un modèle de Lobbying.
3. L’Europe, à travers sa cour de justice (le droit européen prime sur le territoire français) dont le contenu et les jurisprudences sont très déconnectés des institutions électives.

Le politique est pourtant le seul pouvoir sur lequel nous ayons prise (par l’engagement, ET par le vote). Il est terrible qu’il soit aujourd’hui délaissé, moqué, stigmatisé, et beaucoup trop méprisé. J’ai eu l’occasion de participer à des séances de travail au sénat. C’est sans doute grotesque de le rappeler, mais la plupart des hommes politiques se lèvent très tôt et se couchent très tard pour essayer de répondre aux attentes des français ; sans nécessairement passer la journée à se marrer entre nantis en sifflant du whisky dans des salons de velours.
Un sursaut a eu lieu lors des dernières élections, et l’abstention a considérablement reculé. On ne peut que s’en réjouir, mais l’urgence des trentenaires aujourd’hui, c’est de reconquérir le pouvoir politique par l’intérieur, de se risquer à l’engagement, de se confronter aux problèmes et aux chances du monde et de tenter d’y répondre, éclairés par le bien commun.

Il reste trois jours pour les résolutions de Janvier. Foncez à la permanence, même du PS !



jeudi 24 janvier 2008

Jean-Louis le fidèle.

J’ai toujours préféré les pigeons voyageurs aux chiens de garde.

Jean-Louis Debré, qui ne rate jamais une occasion de faire le beau, ironise sur les ministres d’ouverture. Il estime que "leur comportement s'inscrit dans ce mouvement de fin des idéologies".
"Ces gens ne croient plus en des idées, mais en des leaders, qu'ils suivent. Ils sont devenus des pigeons voyageurs"
"Ce qui est inédit, (…) c'est l'abandon de toute conviction. Quand X, Y ou Z arrive au gouvernement, ce n'est pas pour défendre un projet ou infléchir la ligne mais pour toucher le pouvoir".
"Il leur faut pouvoir, de temps en temps, pousser un petit cri. Mais, finalement, ils restent".

On ne sait pas bien, du mépris, de la jalousie, ou de la bêtise, quel sentiment revanchard a motivé la charge du « fidèle de Jacques Chirac ».
Je n’ai jamais bien compris la valeur ajoutée que représentait ce personnage dans la vie politique, et j’ai envie de croire aujourd’hui que cet air de nigaud fidèle ne dissimule aucune pensée particulièrement éclairée.
Peut-être fait-il simplement partie d’une autre génération politicienne pour qui l’important, c’était d’avoir des idées de droite, ou des idées de gauche ; d’avoir pour seule vraie conviction la fidélité au parti (ou à Jacques Chirac quand les partis se mettent à changer de nom…).
Qui peut reprocher à Martin Hirsh, à Fadela Amara, ou à Bernard Kouchner de se remonter les manches, de sortir de la pose contestataire, et d’empoigner les problèmes du pays en espérant améliorer les choses. Il ne s’agit pas de « toucher le pouvoir » mais de se risquer à l’exercice de celui-ci.
Il faut évidemment avoir la plus grande gratitude pour ces ministres qui ont décidé que les enjeux dépassaient le clanisme. Quel esprit tordu faut-il avoir pour mépriser la liberté de parole et la ténacité d’hommes et de femmes qui ont pris la responsabilité d’agir sur le réel en laissant l’arrogance au vestiaire ?
Evidement, quand on a passé sa carrière à serrer les rangs d’un clan pour être sûr de durer jusqu’au bout, cette candeur peut agacer.

Je confesse des lignes un peu acides. Le réflexe est parti vite… mais ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel est cette formidable chance de faire enfin profiter notre pays des compétences, des talents et des énergies de tous ; de montrer que la république peut se réconcilier autour du bien commun. Je suis un peu consterné par cette interview, mais pas très inquiet. L’ouverture va dans le sens de l’histoire de la démocratie, et à force de jouer l’homme de la fermeture, JLD finira par aboyer tout seul, fidèle.


mardi 22 janvier 2008

Les autoroutes de la mondialisation

A ceux qui trouvent que le marché n’est pas drôle.

Le dernier album de Robbie Williams, Rudebox, ayant été un gigantesque flop, EMI va céder plus d'1 million d'exemplaires de CD invendus qui seront transformés en produit de revêtement pour les routes chinoises ! Quand on pense qu’il y a des chances pour que les dits CD aient été pressés en Chine, la situation force le sourire: Comment financer nos autoroutes en gagnant de l’argent deux fois ? vendre des gadgets aux occidentaux, qui finissent par nous les re-céder au rabais.
La Chine, en plus de nous faire rire un peu, a trouvé une bien belle occasion de faire son entrée dans le développement durable...



lundi 21 janvier 2008

Petite histoire de camouflage

« Politiquement, je ne suis plus socialiste mais philosophiquement, je le reste évidemment! »

J’ai toujours eu une tendresse pour Claude Allègre, qui a gardé (depuis le fameux mammouth) ce sens bien à lui de la formule. Celle-ci m’a particulièrement intrigué, et après avoir un peu médité (une semaine qui commence en méditant avec Claude Allègre s’annonce savoureuse), je crois qu’elle pose finalement assez bien la question douloureuse de tout le parti socialiste.

Y a-t-il encore de la place pour le PS sur l’échiquier politique en considérant que Besancenot fera toujours mieux dans le registre Post-marxo/trotsko/altermondialiste, et que le centre ou l’UMP feront toujours mieux dans le registre de la social-démocratie-libérale ?

Le grand écart qu’essaie de réaliser le PS depuis 25 ans est tel qu’il ne permet plus aucune cohérence idéologique, et malheureusement plus beaucoup de pensée politique. Je crois les dirigeants du PS tout à fait conscients de ce vide, et je crains qu’ils n’aient utilisé tous leurs jokers de dissimulation. Voici le petit rappel de l’histoire d’un camouflage.

1984 : percée du FN aux élections européennes. François Mitterrand saisit la perche stratégique, le PS crée « l’antiracisme » (SOS) et instrumentalisera Le pen jusqu’en 2007.
1995 : Mitterrand est mourant. La gauche, un peu abasourdie de se retrouver sans père et sans Delors (favoris à l’époque) donne le change avec un Jospin hardi, qui créera la surprise en remportant le premier tour devant Chirac et Balladur, mais impuissant devant la vague du deuxième.
1997 : Jospin invente la gauche plurielle pour remporter les législatives.
2002 : CRISE : « Les pluriels » s’émancipent, et chacun porte sa bannière. l’absence de projet sera camouflée par l’organisation d’une sorte de loft story présidentiel. 16 candidats, et Jospin croyant profiter de la crise qui ne se méfie pas, certain d’engranger des voix pour le deuxième tour avec tous les petits partis verts et rouges. Résultat : le taux d’abstention le plus haut de la cinquième république, et un terrible éparpillement des voix. Effarement de la gauche qui avait fini par oublier son jouet Le pen, pour le retrouver à sa grande surprise, chipant la place en finale de son poulain.
2007 : « Juré, on ne nous y reprendra plus », une campagne sous le signe du vote utile et de la féminité, nouveau camouflage du vide, qui ne suffira pas à la gauche pour remporter les élections et qui laissera un champ bien libre à la rupture de Nicolas Sarkozy.
2008 : le PS invente « l’omni-président », (parfois super/hyper/monarque/ultra…) et construit toute son existence politique autour du « danger Sarkozy », qui concentre les pouvoirs, personnalise sa fonction, abuse de son autorité, contrôle les médias, censure les libres, lèche les puissants, menace la démocratie, etc.

Vivement 2012, mais si je peux glisser un conseil, il faut préparer un peu le jour où Le pen sera en terre à la Trinité, et Sarkozy retraité en Floride.


mardi 15 janvier 2008

Le paradis de Monsieur Hulot

La couverture de Paris Match annonce une interview de Nicolas Hulot avec l’accroche suivante :« En Amazonie, j’ai vu le paradis des derniers hommes libres »
Pourquoi faut-il toujours que les plus confortablement assis dans le progrès et ses opportunités (passer entre autre son temps à voyager aux quatre coins de la planète) soient les premiers à nous expliquer que notre vie est un enfer, et à nous vendre la sagesse ancestrale du premier indien chasseur de fourmis ?
N’en déplaise à Nicolas Hulot, je ne vis pas un enfer à regarder Ushuaïa sur un écran plasma en buvant un martini blanc dans un appartement chauffé, au cœur d’une ville vivante, moderne, et chargée de 1000 ans d’histoire. Je n’échangerais pas les bibliothèques, galeries, opéras, cinémas, joyaux d’architecture, centres culturels du monde entier, et restaurants, (même de hamburgers) contre un slip en cuir et la promesse de mourir à 40 ans d’une pneumonie au milieu des mangroves.


samedi 12 janvier 2008

Le rôle de l'opposition

« Plus c’est gros, plus ça passe ». Un député socialiste à jeté le pavé dans la mare. « Sarkozy, en supprimant la publicité de la télévision publique, vient de faire le plus beau cadeau de noël à Martin Bouygues, qui va récupérer les parts de marché libérées. (cours de l’action à l’appui) »
Pour rétablir un peu de vérité, le cours a retrouvé son niveau normal quelques heures après, quand les actionnaires ont réalisé que le supplément de recettes publicitaires allait indirectement servir au financement des chaînes publiques.
On a tout de même franchi un pas dans l’histoire de la malhonnêteté politique.
Le P.S ayant lui même longtemps plaidé pour cette résolution, cela pose une question saugrenue :
Quand la gauche supprime la publicité, c’est un bel élan humaniste, anti-consumériste, respectueux du citoyen qui aspire à autre chose que la consommation permanente, et quand Nicolas Sarkozy supprime la publicité, c’est un complot sinistre pour engraisser son copain Bouygues, et pourquoi pas pour supprimer un jour, le service public de la télévision ?
La mauvaise foi se décline à l’infini. Je ne résiste pas au plaisir de m’essayer à ce petit jeu de construction, au risque de servir sur un plateau une nouvelle idée à nos vierges rouges :
« Finalement, la publicité constitue une sorte de contre pouvoir en influant sur les programmes de télévision. En voulant s’en débarrasser, Nicolas Sarkozy veut casser le dernier rempart à sa toute puissance sur les médias. Il veut transformer le service public en machine de propagande personnelle. (Les chaînes privées de ses amis étant bien évidemment déjà sous son contrôle.) ». Effectivement, plus c’est gros, plus ça passe.
Pendant sa campagne, François Bayrou avait enfilé le costume du grand pacificateur. « On marche sur la tête quand l’opposition est toujours CONTRE et la majorité toujours POUR. »
Il y a de bonnes idées, nécessaires à la bonne marche de notre pays. Ces idées doivent être portées par l’ensemble du parlement, et quand il y a un désaccord, il a vraiment du sens et la démocratie s’exprime dans sa diversité.
Ces principes se sont un peu évanouis avec la fin de la campagne. C’est dommage.
« Le rôle de l’opposition », c’est de multiplier les angles de réformes, de profiter du temps que le gouvernement n’a pas pour éclairer les enjeux de demain.
L’énergie n’est plus mobilisée pour explorer de nouvelles pistes, élaborer un projet, ou développer des idées, mais pour tomber à bras raccourcis sur la moindre déclaration, accuser le moindre déplacement, dénoncer l’idée la plus simple, s’outrer du détail le plus insignifiant, organiser des boycotts, et espérer qu’à force de taper, l’adversaire va tomber.
Le parti socialiste va-t-il comprendre un jour que la même stratégie l’a déjà fait perdre les élections présidentielles ? La gauche pense-t-elle se sortir un jour Nicolas Sarkozy de la tête, et prendre le risque de l’honnêteté politique ? Elle était déjà « la plus bête du monde », faut-il en plus qu’elle soit de mauvaise foi?


jeudi 10 janvier 2008

Le prix de la croissance.

Dans le cadre de sa « mission croissance », la commission Attali recommanderait de relancer l’immigration. Piqûre de rappel pour les poètes amnésiques, l’immigration est une valeur historique de la droite libérale. Les vagues migratoires servant globalement toujours à la même chose : Constituer des réserves de main d’œuvre discount, ralentir la montée des salaires, et enrayer les regroupements syndicaux (il est plus difficile de s’organiser quand on parle tous des langues différentes.)
Seul Hic, Nicolas Sarkozy essaye de creuser depuis son élection un double sillon : Donner plus de souplesse à l’entreprise bien sûr, mais porter haut l’idée de la nation et de la république, en ce que ces notions nous permettent de profiter de la mondialisation et non de la subir, balayés par les vents turbulents de l’économie mondiale.
Nous situons bien les leviers que souhaite actionner le gouvernement pour stimuler les entreprises, et il est raisonnable de penser que cela devrait dynamiser le marché du travail.
La nation est moins facile à ranimer. Une chose est sûre, la désormais fameuse « identité nationale » est en souffrance. Comment des jeunes nés en France de parents étrangers peuvent raisonnablement siffler la marseillaise, ou lancer de glaçants « vous les français, … ».
Comment ne pas comprendre que notre manque de désir pour la nation française rend IMPOSSIBLE pour ces jeunes de désirer à leur tour s’identifier à ce pays, cette histoire, cette culture.
Comment s’étonner qu’après avoir appris à une génération entière à haïr l’occident (coupable, impérialiste, déshumanisé, esclavagiste, capitaliste/bourgeois) elle ait effectivement du mal à en intégrer le projet et les structures.
Comment se lamenter de l’existence de Ghettos et en rendre responsable « la société » et l’histoire de l’urbanisme, alors que la logique de regroupement est si profondément humaine ! Aucun expatrié ne se plaint de vivre dans un des quartiers Français comme il y en a dans tant de capitales. Le vrai problème est un problème de proportion, et de concentration de pauvreté.
Le constat est d’autant plus amer que l’intégration a sans doute été l’une des plus belles pages de l’histoire de France, et un moteur de richesses et d’échanges culturels de très grande valeur.
Mais on ne peut oublier la dimension mécanique de l’intégration. On ne peut intégrer qu’une minorité à un plus grand nombre. Le contraire n’a pas de sens. A quoi pense t’on intégrer les enfants d’une classe dans laquelle 2 enfants sur 30 ont le français comme langue maternelle ?
La logique économique a beaucoup de qualités, et beaucoup d’entreprises verraient sans doute gonfler leurs bénéfices en important une matière salariale fraîche, mais l’intégration requiert des conditions, sans lesquelles après avoir sacrifié l’idée de la France, on va finir par sacrifier la France tout court, et par transformer la chance multiculturelle en un cauchemar multiraciste. Une chance, le groupe animé par Jacques Attali est une commission, et pas un ministère.