mardi 13 décembre 2011

France, La faillite ?

35 ans d’hémorragie budgétaire décortiqués par Philippe Herlin dans son livre « France la faillite » (Eyrolles, 2010).

Il y a trois types de livres sur la crise. Ceux qui expliquent doctement que cette crise est bien la preuve qu’il faut en finir avec le capitalisme, le libéralisme, les riches, la spéculation, et qu’il faut « remettre l’économie au service de l’homme ». Ceux qui s’efforcent de démontrer que la crise est passée, que ce n’était d’ailleurs qu’un problème de confiance, que tout va bien, et que quoiqu’il arrive, « un Etat ne peut pas faire faillite ». Enfin, ceux, plus rares, qui exposent méthodiquement et objectivement les raisons et les développements de la crise.
Le livre de Philippe Herlin (France la faillite, Eyrolles, 2010) fait partie de cette dernière catégorie. Avec un plan très didactique, l’auteur, chercheur en finance et enseignant au CNAM, analyse le chemin qui a amené l’Etat français vers le surendettement. Herlin décortique ainsi 35 ans d’hémorragie budgétaire, liste les mécanismes de dissimulation des déficits, et explique le fonctionnement des structures si discrètes d’amortissement de la dette (SAAD, CADES, ACOS…)
La force de ce petit ouvrage très accessible, est de revenir sur l’histoire de l’endettement, de préciser le rôle de l’agence France Trésor, de faire le chiffrage précis et décomposé de la dette, mais également de pointer les risques que l’Etat fait encourir à l’économie française, et les menaces très sérieuses que fait peser le surendettement sur la prospérité et la pérennité de notre société. Herlin dresse un réquisitoire sans appel de « l’économie Ponzi » dans laquelle s’enfonce lentement l’Etat depuis 30 ans. Chiffres à l’appui, il analyse par exemple la question fondamentale de la maturité de la dette, en indiquant que depuis la crise de 2007, l’Agence France Trésor (AFT) a privilégié l’emprunt à court terme pour minimiser la charge de la dette, augmentant ainsi son exposition au risque. Ce choix va contraindre l’AFT à revenir plus souvent sur les marchés sous le couperet de la dégradation de la note des obligations françaises, rendant la capacité d’endettement de l’Etat français tributaires de l’évolution des taux d’intérêts. En effet, presque mécaniquement, quand une note baisse, les taux d’intérêts accordés à l’organisme noté montent, pour compenser le risque.

Herlin calcule ainsi que d’ici 2012, l’Etat va devoir lever sur les marchés 429 milliards d’euros, en plus des déficits budgétaires des deux prochaines années, soit (au rythme désormais de croisière de 100 milliards d’euros par an) plus de 600 milliards d’Euros. La moindre hausse des taux sur une telle somme alourdirait ainsi considérablement le poids déjà très lourd du remboursement des intérêts de la dette.

Devant ce portrait malheureusement bien sombre de la situation dans laquelle s’est embourbé l’Etat français (loin d’être une exception d’ailleurs), l’auteur propose 10 scénarios, en s’attachant pour chacun d’entres eux à aller au bout des fausses bonnes idées, et des vraies mauvaises solutions. Il montre bien la difficulté de démêler les enchevêtrements politiques, internationaux et monétaires, sans se réfugier derrière la complexité.
De l’appauvrissement général par l’inflation à la fuite en avant en créant de nouveaux filets de sécurité, comme le FESF (Fond Européen de Stabilité Financière), dont il est dur d’imaginer qu’ils supporteraient les poids additionnés de la France, l’Espagne, le Portugal, et/ou l’Irlande, il apparaît sans surprise que le salut ne viendra que d’une croissance revigorée notamment par des finances publiques assainies (et d’une réforme en profondeur du marché du travail). Certaines hypothèses, telles la demande d’aide à l’union européenne, ou l’auto-annulation de la dette sont très rapidement et justement balayées, dégonflant efficacement quelques baudruches parfois tenaces sur les plateaux télévisés.

Nous pourrions regretter le traitement un peu partiel de la dimension strictement monétaire qui mériterait un développement plus étayé, en particulier autour des mécanismes de création monétaire. La question des réserves fractionnaires des banques par exemple, permettant à celles-ci d’aspirer sans limite les émissions obligataires, et expliquant pour bonne part la spirale de l’endettement mériterait d’être travaillée avec la même précision que le reste des questions abordées dans l’ouvrage. De même, le rôle qu’a joué l’euro dans la capacité des Etats de la zone euro à s’endetter aurait mérité d’être analysé et de découvrir ainsi dans quelle mesure cette monnaie a déployé à grande échelle des effets pervers.

Il faut donc lire et offrir ce livre, pour comprendre la glissade des déficits publics et mesurer les marges de manœuvre du gouvernement. Philippe Herlin ne propose aucune solution miracle, mais invite au réalisme, et plaide efficacement pour l’urgence du redressement de cap. En attendant, il vaut sans doute mieux acheter de l’or, et des chèvres.

lire sur Les Echos

Idée reçue : « Nos gouvernants devraient faire preuve de plus de fermeté devant les marchés financiers »



En répétant toute la journée que le pouvoir politique est « à la botte » du pouvoir financier, les journalistes et les représentants de l’opposition se gargarisent d’une lotion certes sucrée, mais confondante de mauvaise foi (ou chez les plus simples, de sottise). En effet, comment donner des leçons de morale aux marchés le matin, et y faire la manche l’après midi ?


Quand même à gauche, on cite le général de Gaulle (qui inspire aujourd’hui jusqu’à Arnaud Montebourg) comme modèle de défiance vis-à-vis des « pouvoirs financiers », on oublie un peu vite que le Général-Président pouvait se le permettre pour une raison très simple : zéro déficits.
Un état qui se finance tout seul peut effectivement gourmander les acteurs de la finance, mais comment imaginer faire les gros yeux au marché alors que nous en sommes structurellement dépendants depuis 35 ans ? Comment se sentir libre vis-à-vis de son créancier quand le remboursement des seuls intérêts de la dette est le premier budget de l’Etat, devant celui de l’éducation ?
Les discours volontaristes en la matière, sont du niveau de l’adolescent qui crie « indépendance ! » à ses parents, en leur demandant de l’argent pour s’acheter ses baskets.
Il faut faire un choix : emprunter la moitié du budget de l’Etat tous les ans aux conditions qui nous seront offertes et ne pas espérer un centimètre de marge de négociation, ou bien faire un énorme ménage dans la dépense publique, diminuer la taille de l’Etat de moitié, réduire le déficit à zéro, et retrouver l’indépendance, seule condition de la liberté de ton et d’action face au marché.
Il n’y a pas de troisième voie. Le reste n’est qu’incantation, et déni de réalité. Et comme on le sait depuis 1924, la réalité est décidément très têtue.

Idée reçue : « une société est plus juste quand elle subventionne les pauvres. »


« Une société est plus juste quand elle subventionne les pauvres » les bonnes intentions rendent cette idée reçue particulièrement tenace. Pourtant, la logique élémentaire permet de comprendre comment, en réalité, en cherchant à «aider» celui qui est en difficulté, l’Etat ne fait que cultiver la pauvreté. Et ça pousse…
Le principe de la subvention, c’est favoriser quelque chose. Et mécaniquement, plus l’on subventionne cette chose, plus l’on en récolte. Le problème, c’est qu’en « favorisant la pauvreté », l’Etat la favorise effectivement (cela n’avait probablement pas échappé à notre confrère La Palice). ll l’encourage.
De même qu’on subventionne le secteur éolien pour obtenir plus d’éoliennes, loin de combattre la pauvreté, on l’encourage et on la développe en subventionnant les pauvres. Si cela peut sembler évident, l’idée même de redistribution des richesses est pourtant fondée sur cette erreur. L’erreur qui consiste à penser qu’une action qui multiplie va pour une fois diviser.
L’augmentation constante du nombre de bénéficiaires du RMI/RSA depuis sa création en est sinon une preuve éclatante, du moins le signe de l’échec patent de cette stratégie pourtant bien intentionnée.
Les Chinois, qui s’y connaissent en pauvres et en bilan du socialisme, ont eu une idée astucieuse, à l’essai dans une province humide : l’impôt dégressif. Plus on est riche, plus le pourcentage d’imposition est bas. L’objectif est simple : favoriser la richesse en créant un intérêt à l’enrichissement.
Et c’est finalement la solution la plus morale (sauf si l’on se fixe comme horizon social un appauvrissement général). En encourageant les individus à s’enrichir, la Chine a lancé une dynamique qui cultive effectivement la richesse. Et là aussi, ça pousse.

Idée reçue : « La recherche de l’intérêt privé est en contradiction avec l’intérêt collectif »


Sans doute l’une des idées fausses les plus ancrées dans les têtes, à droite comme à gauche. Il y aurait toujours quelque chose de suspect ou d’un peu honteux à chercher son intérêt. Un mélange de cupidité et d’égoïsme. Bref, le seul intérêt qui vaille, serait le fameux « intérêt collectif », que ses défenseurs ont tant de mal à le définir qu’ils se réfugient le plus souvent derrière une soi-disant évidence, qui voudrait que « collectif » implique généreux et universel.
J’ai un boulanger. Il se lève au milieu de la nuit, sélectionne les meilleures céréales, et choisit ses levures pour faire un pain croquant et charnu. Pourquoi ? Pour le vendre. Pour gagner de l’argent. Pour lui.
Et meilleur sera son pain, mieux il le vendra. Tout le quartier sait d’ailleurs qu’il faut acheter son pain place Vavin.
L’équation est simple : Plus mon boulanger recherche son intérêt, en faisant du bon pain, plus la collectivité trouve son intérêt : manger du pain toujours meilleur. Et ce qui est vrai pour le boulanger est vrai pour tout ! En voulant bien faire pour soi, on fait bien pour tous. La collectivité bénéficie ainsi des initiatives individuelles qui essaient d’être au plus près des besoins du monde, et dont la somme est la seule chose qui puisse donner une idée de ce qu’est le « bien commun ».

Idée reçue : « Il faut lutter contre les inégalités. »


La pauvreté ? Les injustices ? L’exclusion ? Fini. Les sauveteurs de la France ont trouvé un nouveau mantra: « la lutte contre les inégalités ». Une aubaine, car si l’on peut venir à bout de la pauvreté et perdre son fond de commerce politique, l’égalité, elle, n’est pas pour demain. Pour une raison simple : ce n’est pas la vie.
On organise une course. Celui qui arrive en premier a gagné. Ce n’est ni par méchanceté ni par gentillesse, il a couru plus vite, il est arrivé premier, il a gagné. Imagine-t-on un instant faire la moyenne de tous les temps, et donner à tous les coureurs la même « médaille moyenne » au nom de l’égalité? Non, ce serait INJUSTE. C’est pourtant ce que fait l’État tous les jours avec le système de  redistribution par l’impôt progressif.
Car après tout, que change que mon voisin gagne dix, cent, dix-mille fois plus que moi? N’est-ce pas la pauvreté le seul réel problème? Serions-nous plus heureux tous pauvres mais égaux? Que cherche-t-on réellement? Qu’il n’y ait plus de pauvres ou qu’il n’y ait plus de riches?
En dernière analyse, la lutte contre les inégalités n’est que la forme politique de la jalousie. Certes, il arrive que la jalousie nous envahisse, mais vous conviendrez qu’il est fâcheux d’en faire un programme.
Programme qui a déjà porté dans l’histoire des fruits vénéneux. Pour qui a déjà essayé d’égaliser une frange, il est plus facile de couper ce qui dépasse que de rallonger ce qui est trop court. La vie est ainsi faite : on ne peut pas donner de jambes à celui qui n’en a pas, mais on peut couper celles de celui qui en a !
L’obsession de l’égalité finit toujours par transformer les différences en inégalités, et lutter contre celles-ci revient à lutter contre les différences. Malheureusement pour l’égalitariste pointilleux, il y aura toujours un  plus grand, un plus riche, un plus juif, un plus noir, ou un plus fort. Et à force de refuser la différence, on finit souvent par vraiment découper la frange encombrante (voir les résultats mitigés du fantasme nazional-sozialist d’un peuple égal et Aryen)
Il est toujours plus sage de miser sur la liberté, la charité chevillée au cœur, et la responsabilité impérieuse pour les plus forts de protéger les plus faibles.
NDLR : Sur la question du mirage de la redistribution des richesses, j’envie la clarté de cette petite fable qui a circulé un temps sur internet, et qui mérite la retranscription :
« Un professeur d’économie dans un lycée annonce fièrement qu’il n’a jamais vu un seul de ses élèves échouer mais par contre, une année, c’est la classe entière qui a connu l’échec. Cette classe était entièrement convaincue que le socialisme est une idéologie qui marche et que personne n’y est ni pauvre ni riche. Un système égalitaire parfait. Le professeur dit alors :
“Nous allons mener une expérience du socialisme dans cette classe. A chaque contrôle, nous ferons la moyenne de toutes les notes et chacun recevra cette note. Ainsi personne ne ratera son contrôle et personne ne caracolera avec de très bonnes notes.
Après le premier contrôle, on fit la moyenne de la classe : tout le monde obtint un 13/20. Les élèves qui avaient travaillé dur n’étaient pas très heureux, au contraire de ceux qui n’avaient rien fait et qui eux étaient ravis. A l’approche du deuxième contrôle, les élèves qui avaient peu travaillé en firent encore moins tandis que ceux qui s’étaient donné de la peine pour le premier test décidèrent de lever le pied et de moins réviser.La moyenne de ce contrôle fut de 9/20. Personne n’était satisfait. Quand arriva le troisième contrôle, la moyenne tomba à 5/20.
Les notes ne remontèrent jamais alors que fusaient remarques acerbes, accusations et noms d’oiseaux dans une atmosphère épouvantable, où plus personne ne voulait faire quoi que ce soit si cela devait être au bénéfice de quelqu’un d’autre.
A leur grande surprise, tous ratèrent leur examen final. Le professeur leur expliqua alors que le socialisme finit toujours mal. Car quand la récompense est importante, l’effort pour l’obtenir est tout aussi important tandis que si l’on confisque les récompenses, plus personne ne cherche ni n’essaie de réussir.
En d’autres termes :
“Vous ne pouvez pas apporter la prospérité au pauvre en la retirant au riche.
Tout ce qu’un individu reçoit sans rien faire pour l’obtenir, un autre individu a du travailler pour le produire sans en tirer profit.
Tout Pouvoir ne peut distribuer aux uns que ce qu’il a préalablement confisqué à d’autres.
Quand la moitié d’un peuple croit qu’il ne sert à rien de faire des efforts car l’autre moitié les fera pour elle, et quand cette dernière moitié se dit qu’il ne sert à rien d’en faire car ils bénéficieront à d’autres, cela mes amis, s’appelle le déclin et la fin d’une nation.
On n’accroît pas les biens en les divisant.”
Dr. Adrian Rogers, in Ten Secrets for a Successful Family, 1996.

Idée reçue : « La crise de 2008 est la crise du libéralisme »

La Gauche a compris avant la droite que la crise pouvait être utilisée politiquement. En expliquant dès le début qu’elle constituait l’échec du modèle libéral, elle a imposé son analyse, et justifie pour longtemps son projet.
Pas un débat depuis deux ans sans que l’homme de Gauche n’assène avec un air entendu « écoutez, la crise de 2008 nous montre bien que le libéralisme ne marche pas ! ». La Droite française, par manque de culture économique, n’a pas eu le bon réflexe. Au lieu de profiter de cette crise de l’interventionnisme étatique pour redonner des couleurs au Marché, elle se bat la coulpe une fois de plus, en disant que « ce coup-ci, on va moraliser tout ça ».
Car finalement, que s’est-il passé ? Les banquiers ont-il subitement décidé de devenir méchants, et dans leur dinguerie, d’autodétruire leur outil de travail ? Tout ça parce que le système financier manque de règles et de morale ? Revenons sur terre, la réalité est plus simple. L’État américain, dans un mélange de clientélisme et d’irresponsabilité, s’est lancé dans une folle entreprise au milieu des années 90 :
Exiger aux banques de prêter de l’argent à n’importe qui pour stimuler le secteur immobilier. Pour pouvoir leur imposer cette exigence, l’État a signifié aux banques qu’il se porterait systématiquement caution, et paierait pour les mauvais payeurs (au moyen des structures de garantie, comme les désormais célèbres Freddy Mac & Fannie May). Alors, elles ont prêté, prêté, et comme on pouvait s’y attendre, les remboursements ont fait défaut, une fois, deux fois, mille fois.
On connait la suite : Pour essayer de limiter la casse, les banques ont essayé de mutualiser les risques en panachant les produits financiers. Les fameuses « titrisations », qui ont tant plu aux journalistes, qui tenaient là un mot suffisamment opaque pour ne rien avoir à expliquer. Au lieu d’exploser, le système a donc continué à enfler, contaminant l’ensemble de l’économie saine, et menant inévitablement à l’explosion.
La conclusion est sans appel : C’est bien l’intervention de l’État, au nom d’une générosité déconnectée du réel, qui a fabriqué cette bulle, dont l’éclatement a fait trembler la planète. Ce même État qui s’est empressé de sauver les banques, avec de l’argent qu’il n’a pas.
Or, la RESPONSABILITE (donc le cas échéant la faillite) est le SEUL vrai régulateur de l’économie ! Retirez la responsabilité des acteurs financiers, et aucune mesure régulatrice ne régulera quoi que ce soit. Elle ne fera que fabriquer des bulles, toujours plus grosses, dont les éclatements auront des répercussions toujours plus dramatiques.
Nous sommes comme ce plongeur, qui voyant que le bassin est vide, a peur de sauter et décide de monter au plongeoir supérieur en croisant les doigts. L’endettement structurel de l’État et les récents plans de relance nous ont fait grimper sur le plus haut plongeoir. Reste à attendre la pluie, et préparer le saut de l’ange.
NDLR: A ce sujet, lire les excellents ouvrages de Philippe Herlin : France, la faillite et de Charles Gave : L’État est mort, vive l’état.

vendredi 26 novembre 2010

Idée reçue : « Le Marché détruit les valeurs traditionnelles»


Pendant que la Gauche répète que le marché détruit la solidarité, une partie de la Droite regrette que le marché, certes nécessaire à la croissance, soit l’ennemi de la France, des valeurs, et de la famille. Ce « Marxisme de droite » rencontre un franc succès chez certains intellectuels, qui, bien que débarrassés de la lutte des classes, restent marqués par la défiance de la tradition universitaire face au Marché.
Il faut déplacer la lunette sur les États-Unis pour désamorcer ce réflexe. Quel peuple est plus attaché à la famille et à la religion ? Quel peuple a le patriotisme plus chevillé au cœur ? Et pourtant, comme chacun sait, nous n’avons pas de leçons à donner à l’Amérique en matière de Marché. Il faut donc chercher ailleurs l’ennemi des valeurs et de la nation.
Le socialisme, dans son projet de faire advenir un paradis égalitaire sur terre, voit en revanche la famille, la patrie et les églises comme autant de membranes, qui résistent au « tout social », autant de supports d’identité qui échappent à l’État, autant de poches de solidarité qui ne passent pas sous le rouleau compresseur de l’égalité. La famille transmet des valeurs bourgeoises, la religion remet à demain le jugement qui devrait avoir lieu « ce soir », et la Patrie, échelle collective modelée par l’Histoire, n’est qu’un obstacle encombrant à la conscience internationale prolétarienne.
Lire la suite sur Enquête et débat.

lundi 22 novembre 2010

Idée reçue : « Le libéralisme fabrique une société individualiste»


L’homme de gauche s’en indigne, l’homme de droite s’en accommode, un brin coupable. Mais après tout, cette vérité révélée de l’antilibéralisme est-elle aussi évidente qu’elle est répétée sur les plateaux de télévision et dans les diners en ville ?
Le socle de la pensée libérale, c’est le couple de la liberté et de la responsabilité individuelle. La conviction que l’homme est plus heureux quand il se sent responsable de sa vie, et qu’il est libre de la mener comme il veut.
Or, l’État providence, censé par son action promouvoir la générosité et la justice sociale, prend en charge la solidarité. Et c’est justement en sous-traitant la générosité à l’État que l’on s’en débarrasse individuellement, et que l’on fabrique une société individualiste ! C’est en retirant aux hommes leur responsabilité d’entraide qu’on les éloigne de la solidarité. Plus l’État aide, plus on attend de lui qu’il aide, et moins on l’attend de nous même.
L’exemple le plus récent et le plus grotesque de la fuite collective de nos responsabilités élémentaires est la canicule de 2003. Vingt mille morts. Des morgues remplies de vieux déshydratés. Et qu’a-t’on entendu ? « Quelle honte, je n’ai même pas appelé ma grand-mère, qui séchait dans les géraniums » ?

Non. Mais tout le monde a chanté « c’est un scandale ! l’État n’a pas déclenché le plan vieillesse et chaleur ». Le fameux plan vieillesse et chaleur…

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